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La profondeur de champ, c'est quoi?
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Mais que voilà donc une expression compliquée! Non, pas du tout, et il faut impérativement que vous compreniez ce phénomène si vous voulez utiliser correctement votre appareil photo. La profondeur de champ, cela peut s'expliquer avec des mots très compliqués et des calculs abscons et difficiles à comprendre pour le pékin moyen, mais cela peut aussi se démontrer avec des exemples simples. Voyons donc cela de près...

Traditionnellement, on peut dire que la profondeur de champ correspond à la zone de l'espace dans laquelle doit se trouver le sujet à photographier pour que l'on puisse en obtenir une image que l'œil acceptera comme nette.
L'étendue de cette zone dépend des paramètres de la prise de vue; notamment de la distance de mise au point (focale), de l'ouverture du diaphragme et des dimensions du capteur. La connaissance de la profondeur de champ est donc nécessaire à la maîtrise des prises de vues, en photographie comme d'ailleurs en cinéma et en vidéo. Dans la pratique, il faut savoir juger la profondeur de champ pour mettre en valeur un sujet dans les techniques de portrait, de paysage ou de nature morte. Plus la profondeur de champ est étendue, plus elle intègre le sujet dans son environnement. A contrario, plus elle est courte, plus elle l'isole. Les plans en avant et en arrière du sujet seront alors plus ou moins flous.

Plusieurs choses interviennent dans la profondeur de champ: la distance de prise de vue, la focale, la vitesse et l'ouverture du diaphragme.
- Plus vous êtes près de votre sujet, moins la profondeur de champ est grande.
- Plus la focale est longue, moins la profondeur de champ est grande.
- Plus la vitesse d'obturation est rapide, moins la profondeur de champ est grande.
- Plus l'ouverture (diaphragme) est grande (petit chiffre, ex. f:2.8), moins la profondeur de champ est grande.


Ci-dessous, deux exemples pour illustrer la profondeur de champ: à gauche, la photo a été prise avec une ouverture de f:3, c'est-à-dire une grande ouverture. Celle de droite a été prise à la même distance, mais avec une ouverture de f:8, c'est-à-dire une petite ouverture.

Prof champ f3          Prof champ f8
Regardez l'arrière-plan: sur la photo de gauche, la couverture de la revue en vert est floue ainsi que tout l'arrière-plan. Sur la photo de droite, elle est bien plus nette et l'arrière-plan aussi!

Autre exemple ci-dessous: la photo de gauche a été prise de très près, avec une focale de quelques millimètres, et avec une ouverture de f:8 (petite ouverture, gros chiffre). La même, à droite, mais avec une ouverture de f:2.8 (grande ouverture, petit chiffre). Les détails au niveau des yeux et des dents sont bien plus nets sur la photo de gauche que sur celle de droite!

Prof f2.8          Prof 8
Notez que si j'avais utilisé une focale plus longue, la différence entre le nez et les yeux n'aurait pas été aussi flagrante: plus on se rapproche du sujet, moins la profondeur de champ est grande.


Bon, c'est bien joli tout ça, mais je m'en sers comment sur le terrain?
Nous, qui sommes naturalistes, nous photographions des paysages, des champignons et des fleurs. Parfois, des portraits...

1. Dans le cas des paysages, il va falloir utiliser une focale courte, par exemple 28 mm (grand angle), afin d'avoir le maximum du paysage dans l'image. Une petite ouverture (ex. f:8 ou f:11) vous donnera le maximum de profondeur de champ, c'est-à-dire que vous aurez à la fois le premier plan et les arrière-plans nets. Utilisez, si vous en disposez, du réglage «Paysage» sur votre appareil. Ne zoomez pas ou très peu, sinon vous n'aurez pas la même profondeur de champ...!

2. Dans le cas des champignons, on aura très souvent envie d'avoir la totalité de son montage ou de la touffe (s'il vient en touffe) bien nette. Là, il faudra utiliser une focale relativement courte, par exemple 50 mm, afin de cadrer sa prise de vue sans avoir trop d'arrière-plan inutile. En fonction de la lumière ambiante, une ouverture la plus petite possible (ex. f:11) sera nécessaire afin d'avoir le plus d'éléments nets dans votre image. Mais attention!!! qui dit petite ouverture dit vitesse lente et risque de bougé! Il faudra impérativement utiliser un trépied.

3. Dans le cas des fleurs, il sera en principe bien plus élégant d'isoler le sujet du fond, qui est souvent de l'herbe ou d'autres plantes au milieu desquelles pousse le sujet de votre photo. Dans ce cas, c'est un peu plus difficile. Il faudra utiliser une grande ouverture (ex. f:2.8) et donc, une vitesse rapide. Pas besoin de trépied. La focale à utiliser dépendra de la taille de votre sujet, mais en gros vous pourrez utiliser une focale de 90 ou 100 mm. Une astuce que j'ai apprise de mon ami Christian Pourre, de hautesavoiephotos.com: cueillez votre fleur (si c'est autorisé!) et tenez-la à bout de bras de la main gauche. Avec la droite, appareil correctement réglé, visez votre fleur en tournant sur vous-même afin de choisir la meilleure lumière et le meilleur arrière-plan possibles. Avec un peu de pratique, effet garanti: le sujet est net et l'arrière-plan flou, ce qui sera du meilleur goût.
A noter qu'avec un appareil reflex full-frame (24 x 36), la gestion du flou d'arrière-plan sera bien plus facile...

4. Dans le cas des portraits, il sera préférable d'utiliser une focale moyenne (75 ou 105 mm), et de vous mettre pas trop près. Une ouverture moyenne (f:5.6 par exemple) permettra d'avoir le visage de votre modèle suffisamment net du nez aux oreilles et d'avoir l'arrière-plan flou, ce qui mettra en valeur votre portrait.

Il vous faudra tâtonner au départ, en fonction de votre appareil. N'hésitez pas à faire de multiples essais, la pellicule ne coûte rien sur un appareil photo numérique!


Ci-dessous, un effet de profondeur de champ avec un arrière-plan flou grâce à la technique du sujet pris à bout de bras...

Myosotis
Photo: Laurent Francini